Comment mesure-t-on l’efficacité d’un vaccin? 01 février 2021

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Si un vaccin est efficace à 70%, que doit-on en conclure? Le raccourci erroné, que beaucoup empruntent, est de penser qu’on a «30% de chances» d’attraper la maladie même si l’on est vacciné.

Ce n’est pas le cas: on calcule en fait l’efficacité d’un vaccin en comparant le nombre de cas d’infections qui survient dans une population vaccinée par rapport à un groupe non vacciné.

En l’occurrence, un vaccin efficace à 70 % signifie que dans un groupe de plusieurs milliers de personnes non vaccinées où l’on détecterait 100 cas d’une maladie quelconque, par exemple, on n’en aurait plus que 30 si l’on vaccinait tout le monde.

Pour comprendre, l’exemple du vaccin de la grippe est assez éloquent. «Pour illustrer cela en chiffres simples, il faut savoir qu’environ 10 % des adultes non vaccinés sont infectés par la grippe chaque saison. Cela signifie que sur un groupe de 100 adultes non vaccinés, 10 seraient infectés. Si un vaccin antigrippal a une efficacité réelle de 72 %, sur 100 adultes vaccinés, seulement trois adultes (au lieu de 10) seraient infectés. Dans ce scénario, le vaccin empêcherait sept adultes sur 10 (soit environ 72 %) d’être infectés», est-il expliqué dans un commentaire de chercheurs de l’Agence de la santé publique du Canada.

Comment interpréter ces chiffres à l’échelle individuelle? Quels sont les risques d’attraper la maladie si on est vacciné? Malheureusement, les données ne permettent pas de conclure sur ce point. Cependant, certains individus vaccinés pourraient contracter le virus, sans pour autant avoir de symptômes ou en ayant simplement des symptômes légers. Chaque année, des personnes vaccinées contre la grippe saisonnière contractent tout de même la grippe, mais probablement de façon plus atténuée que si elles n’avaient pas reçu le vaccin. « Si on réfléchit à l’échelle individuelle et à l’échelle d’immunité après vaccination : la vaccination permet d’avoir une réponse immunitaire. Le niveau de cette réponse reste cependant variable à l’échelle individuelle. D’autres études sont nécessaires afin de corréler le taux de la réponse immunitaire au taux de protection», résume Béhazine Combadière, directrice de recherche au sein du Centre d’immunologie et des maladies infectieuses à Paris.

Essais de phase 3

L’efficacité d’un vaccin est calculée à l’issue des essais cliniques de phase 3. Ces grands essais consistent à recruter des milliers de volontaires (entre 30 000 et 60 000 personnes pour les essais de vaccins anti-COVID). La moitié des participants reçoivent un vaccin, l’autre un placebo.

On attend ensuite que suffisamment de personnes contractent la maladie pour pouvoir effectuer des analyses statistiques. C’est pour cette raison que les essais de phase 3 pour les vaccins anti-COVID sont menés autant que possible dans les pays avec une forte prévalence de l’infection (comme les États-Unis et le Brésil).

L’efficacité du vaccin est évaluée en fonction du nombre de cas recensés dans chaque groupe (vaccinés contre placebo). Le consensus international fixe le seuil d’efficacité à au moins 50% pour les vaccins contre la COVID-19. C’est, en moyenne, équivalent au taux d’efficacité des vaccins contre la grippe saisonnière (40-60%). Pour l’instant, les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna ont démontré une efficacité de plus de 90%, alors que les vaccins d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson protègent plutôt à 60-70%.