La réponse immunitaire précoce après une infection par le SRAS-Cov-2

Lieu : webinaire Intervenant : Guy Gorochov (CIMI-paris)

Les IgA dominent la réponse précoce des anticorps neutralisants au SRAS-CoV-2

Nous avons pensé que les réponses IgA pourraient être particulièrement importantes à étudier chez les patients atteints de COVID-19, compte tenu de la voie d’entrée muqueuse empruntée par le virus. Nous avons testé 145 patients par cytofluorométrie, sérologie (en utilisant une nouvelle plateforme de résonance en anneau photonique) et tests de neutralisation, en collaboration avec l’institut Pasteur.
De manière assez surprenante, nous avons observé que les réponses cellulaires et humorales spécifiques au SRAS-Cov-2 sont principalement basées initialement sur les IgA. Une très importante recirculation sanguine de plasmablastes sécrétant des IgA, probablement d’origine pulmonaire, précède généralement la réponse IgG, mais aussi la réponse IgM. Enfin, nous montrons pour la première fois que, lorsqu’elles sont provoquées, les IgA purifiées sont des agents neutralisants du SRAS-Cov-2 beaucoup plus puissants que les IgG.
Dans l’ensemble, les IgA semblent être non seulement le meilleur marqueur sérologique précoce du COVID-19, mais aussi un important effecteur antiviral que les futures approches vaccinales pourraient envisager de tenter d’éliciter spécifiquement.

Une réponse cytokinique dichotomique associée de manière différentielle à la sévérité et à la mortalité du COVID-19

Nous avons récemment contribué à montrer que les réponses à l’interféron (IFN) de type I sont défectueuses chez une proportion significative de patients atteints de COVID-19 (Zhang et al. & Bastard et al. Science, 24 septembre), typiquement chez ceux qui souffrent d’une tempête de cytokines pro- inflammatoire. Cependant, dans les articles de Science, une dimension importante est manquante, car tous les patients ne souffrent pas de cette réponse défectueuse à l’IFN de type 1.
Nous présentons maintenant une image bidimensionnelle de la réponse aux cytokines de COVID-19. En utilisant une approche bioinformatique systématique non supervisée pour l’analyse de 12 cytokines ensemble, nous documentons pour la première fois une réponse cytokinique dichotomique. Alors que certains patients, typiquement avec une sévérité respiratoire critique, ont en effet des niveaux élevés d’IL-6, IL-8 et TNF-α et de faibles réponses IFN de type I, d’autres patients, typiquement avec une sévérité respiratoire modérée, présentent de faibles niveaux de cytokines pro-inflammatoires et des niveaux plutôt élevés d’IFN. De plus, nous montrons que c’est la réponse IFN exacerbée qui est associée à la mortalité chez ces patients. Des associations protectrices avec d’autres cytokines sont également observées.

La réponse hétérogène des cytokines que nous mettons en évidence pourrait expliquer pourquoi les thérapies ciblant une cytokine donnée ont jusqu’à présent rencontré un succès plutôt mitigé. Nous pensons que nos résultats contribuent non seulement de manière significative à une meilleure compréhension de la physiopathologie du COVID-19, mais qu’ils auront également un impact sur la pratique clinique vers une approche thérapeutique plus personnalisée basée sur le profilage des cytokines, puisque les médecins doivent en fait faire face à au moins deux types de « tempêtes de cytokines » aux caractéristiques opposées.

Équipe concernée :

Gorochov Guy